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Les retombées sociales du
chemin de fer au Congo.
Généralités
La situation existante.
Le bassin du Congo était, jusqu'avant la pénétration européenne et le
chemin de fer, un monde hostile et inconnu, une "terra incognita"
peuplée de tribus sujettes aux maladies, à la disette et à l'arbitraire de
chefs plus ou moins bien éclairés. Les razzias et la traite, l'esclavage et
la guerre entre clans ou peuplades constituaient un état de fait que
personne n'aurait espéré voir abolir. Il ne fait aucun doute que l'impact de
l'arrivée et du développement du chemin de fer au Congo ait eu une influence
considérable sur la vie quotidienne du Congolais. Ce fut une véritable
révolution dans de nombreux domaines.
Le mode de vie local était des plus rudimentaire et aucune notion
d'économie n'était mise en place, ni même d'exploitation rationnelle des
richesses du sol ou du sous-sol. Les seules communications existantes
étaient assurées par le portage sur des pistes créées pour la nécessité et
qui variaient au fil du temps et des saisons. Lorsqu'un cours d'eau
important existe, les pirogues constituent l'unique moyen de transport de
biens et de personnes. Ici aussi, l'arrivée du chemin de fer a bouleversé
les possibilités d'échange, de transport, de déplacement.
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Le portage
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Culturellement
et économiquement parlant, les Congolais de l'époque sont repliés sur
eux-mêmes, ignorent les échanges culturels. Ils observent merveilleusement
la nature, connaissent les phénomènes qui se déroulent malgré eux, les
propriétés médicinales des plantes. Ils extraient les minéraux et les
travaillent de façon rudimentaire, savent faire fermenter leur bière de
palme. Ils constatent les phénomènes, ne les raisonnent pas, se contentant
d'en tirer le meilleur parti. Demain est une notion difficile à saisir parce
qu'aujourd'hui est suffisamment difficile à vivre.
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Coloniser un pays
tropical revient, en somme, à faire participer ce pays au grand
développement social et économique du monde, c'est-à-dire à mettre en
valeur ses richesses latentes. Un pays neuf possède deux formes de
richesses latentes : une richesse active - la population avec son génie
propre et son travail - et une richesse passive - les ressources du sol
et du sous-sol, mines, produits naturels, possibilités culturales...
...[Le pays colonisateur] a la devoir d'élever le niveau physique,
moral, intellectuel, social du peuple qu'il administre ; d'autre part,
il a le devoir de mettre en valeur les éléments de prospérité du
territoire colonial. La politique sociale et la politique économique
sont inséparables et solidaires dans leur développement. L'œuvre
civilisatrice doit être financée, soutenue, rémunérée par le rendement
économique de la colonie et, à son tour, la prospérité économique de la
colonie est conditionnée par le relèvement physique, intellectuel et
moral de la population.
Georges Moulaert -
"Problèmes coloniaux d'hier et d'aujourd'hui" - 1939.
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La réponse
au vœu de Georges Moulaert est toute indiquée par la concrétisation de
cette œuvre par la construction de nouvelles voies de communication,
d'amélioration des voies navigables existantes, de l'implantation de voies
de chemin de fer reliant les différents biefs navigable de cette artère
fluviale vitale qu'est le fleuve Congo, de désenclavement du Katanga situé à
plus de 2.000 km de tout accès maritime.
L'impact social de la mise
en œuvre de tous les moyens de communication au Congo a permis d'apporter
au sein de cet immense territoire colonial paix, santé, accès à une culture
différente et un mode de vie plus approprié au monde moderne.
Enfin, la pénétration des voies de communication au Congo (fleuve navigable,
routes, chemin de fer, aérodromes et liaison aériennes) aura permis au reste
du monde de découvrir une partie de l'humanité restée jusqu'alors inconnue
trop longtemps. Notre propos se limitera à la portée et l'impact du chemin
de fer dans ce processus. Le
chemin de fer et son importance sociale.
Le développement rapide du chemin de fer doit d'abord se heurter à tous
les obstacles dressés tant par la nature que le climat. Il sera supervisé et
commandité par des blancs, mais les congolais vont également en bénéficier.
Pour les congolais, l'abandon du portage
sera le premier bouleversement notable dans les traditions séculaires. De 30
kg par tête transportés, le train permet 30 tonnes par convoi et sans effort
humain ! L'implantation du chemin de fer crée une nouvelle
implantation de villages le long de la voie
ferrée et permet rapidement aux médecins de créer un réseau d'hôpitaux
ou de dispensaires et de soigner la population, aux missionnaires
d'implanter des écoles et d'enseigner ou de
former, aux constructeurs d'ériger des habitations en
dur, avec tous les aménagements modernes d'infrastructure et
d'urbanisme, et de transformer le troc en lui substituant progressivement
une monnaie moderne, stable et unifiée. Les
efforts consentis pour l'amélioration des conditions de vie et du sort des
congolais proviennent, à part égale, de la Colonie mais également du secteur
privé.
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Exemple d'un missionnaire.
Les travailleurs congolais immigrés ou natifs, porteurs, cheminots ou
domestiques sont payés en numéraire, pour éviter le vol et favoriser le
sens de l'économie parmi les résidents. L'Abbé D'Hooghe crée une
Caisse d'Épargne, riche de 330.000 francs en 1899 ! Il fonde également
la Bibliothèque Publique de Matadi qui offre en lecture régulière en
1897, 40 journaux, 60 revues en 7 langues et 3.500 livres. Il organise
également des cours du soir ouverts à la population tant européenne que
congolaise de Matadi.
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Pour les européens, le chemin
de fer permet de développer et d'améliorer leur image de la
vie sociale en urbanisant les villes qu'ils
créeront avec le temps et l'avancement des lignes, l'échange
plus facile de leurs produits contre la production locale, la consommation
de produits neufs venant rapidement du monde
entier, l'utilisation plus aisée de machines
sophistiquées, l'introduction de la bicyclette, de l'automobile, de
la radio...
Trente ans après les premiers travaux de chemin
de fer, le Congo possède 2.107 km de voies
ferrées. Les profils
particuliers des Compagnies.
Le Chemin de fer du Bas-Congo est de type
"pénétrant" et crée un univers européanisé en
joignant Matadi à Léopoldville pour désenclaver la cuvette centrale du
Congo, créer Léopoldville et Thysville sans tenir compte de l'environnement
africain. La présence européenne s'implantera tout au long de cette ligne
relativement courte et dense.
Le Chemin de fer des Grands Lacs vise un
but politique en assurant les frontières
(notamment vers le Nil), réunit les différents biefs navigables du fleuve
Congo (du Lualaba) pour créer la "Voie Nationale"
désirée par Léopold II. L'implantation économique se fixera plus
intensément aux extrémités de lignes.
Le Chemin de fer du Bas-Congo au Katanga
sera de type purement économique en mettant en
valeur essentiellement les sites miniers du Katanga ainsi que l'assurance du
transport de ses richesses vers un port
océanique. L'implantation des villes, guidée par l'activité économique, se
fera sans tenir compte de la population locale.
Voyons maintenant les retombées de l'introduction
du chemin de fer au Congo, plus particulièrement dans les domaines de la
santé, de l'enseignement,
du logement,
des sports et
loisirs. Les européens fragilisés apprécieront plus
particulièrement le
Centre de revalidation des Bianos.
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