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Le Chemin de fer et
la Santé.
Premières réalisations.
Parallèlement à l'œuvre évangélisatrice et éducative, les missionnaires
développent des recherches, particulièrement dans le domaine de la
botanique. Ils ouvrent également des léproseries
et des dispensaires.
Enseignement et santé vont ici de pair et on ne peut les dissocier
dans leur effort de contribuer à l'amélioration des conditions sanitaires
des populations autochtones.
On découvre les maladies dites "tropicales", et un Institut des Maladies
Tropicales verra bientôt le jour à Anvers pour former tant les missionnaires
que les premiers médecins s'enfonçant dans le cœur de l'Afrique.
Les compagnies de chemin de fer font également appel aux ordres
missionnaires en qualité de précieux collaborateurs.
Par le Chemin de fer du Bas-Congo.
1890-1900 - Albert Thys fait appel à des médecins et des
missionnaires au sein de sa compagnie, suivis de près par les Sœurs de la
Charité de Gand pour les établissements hospitaliers. Le premier de ceux-ci
est établi à Kinkanda, près de Matadi.
Les hôpitaux pour congolais sont construits par le Chemin de fer du Congo à
Matadi et à Thysville.
Ils seront suivis par un autre créé à Léopoldville.
Ces trois hôpitaux seront parmi les plus modernes du Congo. Ils possèderont
l'eau courante et l'électricité et bénéficieront de l'appareillage le plus
moderne.
Par le Chemin de fer des Grands Lacs.
Dès leur engagement, les congolais étaient vaccinés, munis de couvertures et
logés, pourvus d'une ration abondante de riz et de viande. Les villageois
riverains de la ligne écoulent leurs produits agricoles en effectuant du
troc avec les ouvriers. Le CFL n'a cessé d'allouer des
subsides pour la construction d'hôpitaux.
1904 - Le CFL alloue un important
subside pour la construction d'un hôpital
(achevé en 1906) et un service de soeurs garde-malades sur la rive gauche.
Le CFL commande deux maisons de bois, l'un pour l'hôpital, l'autre pour
loger les Sœurs.
1908 - Les soins au CFL sont apportés
par deux médecins (un à Stanleyville et l'autre
en ligne). Le Congo ne possédait alors que 30 médecins pour tout le
territoire !
1910 - Des subsides sont alloués par le
CFL aux Missionnaires du Saint-Esprit qui s'installent à
Kindu. Il en va de même avec les Filles de la
Croix qui s'établissent à Kindu et créent le deuxième
hôpital. Les Pères du Saint-Esprit fondent une mission et un hôpital
à Lubunda (km 300). Ils sont logés par le CFL.
Un troisième hôpital est ouvert, plus tard, à Kongolo.
1913 - Un dispensaire pour Européens est
installé à Kabalo.
1914 - Transfert de cet hôpital à
Niemba.
1917 - L'hôpital possède
6 chambres pour européens et
plusieurs centaines de lits pour les
travailleurs.
1919 - Le Gouverneur Général Henry
annonce une nette régression de la maladie du sommeil.
Par le Chemin de fer du Bas-Congo au Katanga.
Tout comme les autres Compagnies de chemins de fer, le BCK, après le
CFK, prend en charge la santé et le bien-être de ses employés. Les hôpitaux
sont crées et prévus dans les plans d'urbanisation des villes dessinées et
implantées selon les critères propres au gouverneur Wangermée. Plus question
de les implanter de manière aléatoire. La construction des
hôpitaux suit une logique administrative et urbanistique.
1911 - Dans le plan d'urbanisme
d'Elisabethville dressé par Wangermée, l'hôpital
est prévu entre les avenues du Kasaï et du Sankuru, et les
avenues de Kambove et du Tanganyika.
Mai 1912 - Le rail n'est pas arrivé depuis
longtemps et la ville commence à prendre de l'extension, les ouvriers
arrivent en masse pour la construction des lignes au Katanga. Premier
hôpital à Elisabethville. Les docteurs
Goossens, Trolly, Valcke, Polydori et Baltus ainsi que quatre sœurs de la
Charité de Gand s'occupent des malades.
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Être médecin à Elisabethville en 1911...
Dans les
premiers temps, il n'y eut à Elisabethville que trois petits hôpitaux,
qui étaient plus exactement des dispensaires, comprenant quelques lits
réservés aux cas les plus graves : l'hôpital de l'État, celui du Chemin
de fer du Katanga et celui de l'Union Minière. La ^plus grande partie
des malade et des blessés devaient être soignés "à domicile",
c'est-à-dire dans des huttes ou sous la tente, dans des conditions
propices à l'infection et à la contagion.
La journée du jeune médecin avait quelque chose d'hallucinant. tandis
qu'aux premières heures du jour, il visite les malades à l'hôpital,
déjà, de toutes parts, des messagers lui apportent des billets, écrits
de mains plus habiles à manier l'outil que la plume, des billets,
froissés, imprégnés de sueur :
"Venez vite au chantier, docteur, mon capita (chef d'ouvriers) s'est
cassé la jambe..."
"Venez vite, docteur, un de mes travailleurs a été mordu par un
serpent."
"Venez vite, docteur, le bébé se présente mal..."
Vite : la lourde bicyclette, ses fontes contenant les médicaments les
plus utilisés et la trousse de chirurgie.
Il faut opérer, réduire les fractures, pratiquer une césarienne dans des
conditions inimaginables. Une table, une couverture, un drap usagé.
Vite, de l'eau bouillante ! Pas d'anesthésie ! "Tenez-le bien !", "Qu'on
le transporte à l'hôpital !" ou "Je reviendrai demain".
A nouveau pédaler dans un nuage de poussière rouge ou dans la boue
gluante. Parfois un Africain surgit au bord de l'avenue : "Vien vite,
docteur, ma femme est très malade..." ou "Viens vite, docteur, le Bwana
va mourir".
Malaria, injections intramusculaires de quinine... Maladie du sommeil :
ponctions et injections d'atoxyl... Pneumonie... Dysenterie...
Bilharziose... Fièvre typhoïde... Ulcères... Amputation...
Et parfois, sur un dur et étroit grabat, sur un lit de camp, sur une
natte, un pauvre corps qui a fini de souffrir. Trop tard, docteur !
Lorsque, le soir, le jeune médecin regagne sa case "torchis-chaume", il
est harassé. Mais là, devant sa barza, quelques formes accroupies : des
Africains venus de bien loin parfois. Allons ! Une douche sous le seau
percé, un whisky, une cigarette : "Viens, entre... Qu'est-ce que tu as
?".
Enfin, après un bref repas, le jeune médecin s'écroule sur sa couchette.
Il rêve de grands et beaux hôpitaux, de murs ripolinés, de pavements
lavés à grandes eaux, de lits impeccables, d'infirmières en blouses
immaculées, d'un bureau aux meubles métalliques avec de grands fichiers,
de salles d'opération modernes, d'installations de radiographie, de
laboratoires, de pharmacies, de maternités riantes...
Un jour, à Elisabethville, le rêve du jeune docteur de 1911 sera
réalité... Mais on frappe à la porte. Il fait nuit encore. Un billet :
"Venez vite docteur !"
Mémorial d'Elisabethville
1911-1961
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